initiatives CUS



Deux roues

Un vélo d'avance et une chaîne qui suit

Plus de 10 % des habitants de Strasbourg ont adopté la petite reine.


L’essor de la pratique du vélo est accompagné par tout un environnement économique, autour de la vente, de l'entretien et de la location de vélos.
Franck Delhomme

Alors que depuis 1960 la pratique du vélo décline en France au point de ne plus représenter aujourd'hui en moyenne que 4 % à peine des déplacements urbains, Strasbourg, dont plus de 10 % des habitants ont adopté la petite reine, inverse cette tendance et devient la première ville cyclable du pays.

À l'origine de cet essor une politique qui se traduit par de nombreux aménagements dont 300 km de pistes et bandes sécurisées. Elle est accompagnée par tout un environnement économique, autour de la vente, de l'entretien et de la location de vélos, animé par une grande variété d'acteurs : des artisans détaillants, des grandes surfaces spécialisées, des hypermarchés, une régie communautaire et une entreprise solidaire. Quel est aujourd'hui l'impact de la « vélorution » strasbourgeoise sur leurs activités ?

Le blues des petits vélocistes

Les premiers concernés sont en principe les 24 vélocistes de la Cus, dont la moitié sont installés à Strasbourg. « C'est deux fois moins que dans les années 70 », indique d'emblée Albert Ohrel, le secrétaire général du Syndicat du cycle et de la moto, qui tient aussi boutique à Cronenbourg. En trente-trois ans de métier, il a assisté au déclin de sa profession et regrette le temps béni où communion, anniversaire, brevet, bachot étaient autant d'occasions d'offrir une bicyclette : « La petite reine a perdu sa couronne. S'il est vrai que de plus en plus de gens vont en ville à vélo, ce n'est plus nous qui les leur vendons. Ce sont les grandes surfaces. Nous sommes devenus trop petits face à eux. Et puis, vendeurs mais aussi réparateurs, nous sommes attachés à des marques qui ont fait leurs preuves et dont les produits sont de grande qualité, et du coup un peu plus chers. Mais il y a tant de vols que les clients préfèrent aujourd'hui acheter un vélo à moins de 1 000 francs (152,45 euros) dans une grande surface. Face à ce fléau et à ses conséquences, nos atouts, le conseil, la qualité du service après-vente et la proximité, ne pèsent plus assez. »

Euphorie en grandes surfaces

Jean-Marc Bitsch, le responsable du rayon cycles de Cora, à Vendenheim, reconnaît qu'il bénéficie de cette fâcheuse situation : « Il m'est arrivé de vendre dans la même année trois vélos au même client victime de vols répétés. Comme nous avons toujours un modèle en promo autour de 800 francs (121,96 euros) la pilule n'est pas trop amère. » Mais au fait, comment peut-on proposer une bicyclette adulte à un prix aussi bas ? « En sacrifiant un peu les marges et en se rattrapant sur la quantité. Nous avons écoulé 6 000 cycles l'année dernière. »

C'est beaucoup, mais cela n'atteint pas les scores de Décathlon, le leader du secteur, qui détient plus de la moitié des parts du marché français et fait un tabac à Strasbourg : 15 000 vélos vendus en 2000 dont une moitié de modèles « urbains ». « Un record comparé aux résultats de l'enseigne dans les autres villes de taille comparable », confie Emmanuel Breant qui gère le département cycles du magasin du parc des Poteries. « Ce résultat nous le devons incontestablement au contexte local, à la politique de la ville, mais aussi un peu à l'ampleur du phénomène des vols que nous prenons bien en compte. Nos modèles, s'ils ne s'alignent pas sur les prix planchers pratiqués en hypermarché, restent très abordables et nous faisons de bonnes performances sur les antivols et les dispositifs de protection des parties les plus vulnérables comme la selle et les roues. »

Protection, location et insertion

Ainsi, les vols de bicyclettes, souvent considérés comme des délits mineurs, constituent à grande échelle un frein au développement de la pratique du vélo en ville et troublent l'activité économique en pénalisant les petits artisans détaillants. C'est la raison pour laquelle depuis quelques années Vélocation, la régie communautaire chargée de la logistique d'accompagnement de la politique vélo, insiste sur la protection, et expérimente plusieurs systèmes de gardiennage. Outre les 3 000 arceaux qui permettent de cadenasser les vélos à un point fixe pour prévenir le vol à la camionnette, des « véloparcs » installés en plusieurs points de la ville permettent de les garer en toute sécurité 24h/24. Cependant, la vocation principale de Vélocation, comme son nom l'indique, reste la location des 1 200 bicyclettes de son parc, à des tarifs très attractifs, aux particuliers, mais aussi aux entreprises locales. Et ça marche : 200 000 journées de location enregistrées l'an passé et 1 ,1 million de francs (167 693,91 euros) de recettes. Une activité que complète Vélo-emploi, une entreprise associative qui récupère de vieux clous pour les remettre en parfait état avant de les louer à un public de jeunes entre 18 et 25 ans, plus particulièrement des étudiants, qui rechignaient jusque-là à circuler à vélo. Là encore le tarif est incitatif : 80 francs (12,2 euros) par mois, 200 francs (30,49 euros) par trimestre ou 500 francs (76,22 euros) pour l'année. Sacré « Projet de l'année », en 1998, par le magazine Le Nouvel économiste, Vélo-Emploi est aussi une entreprise d'insertion qui a contribué à former 24 personnes au chômage et à leur fournir un travail. Si on y ajoute les 22 salariés de Vélocation, c'est près de 50 emplois qui ont été créés par ces deux structures.

Joël Henry

Viele Bewohner der CUS fahren immer häufiger mit dem Fahrrad. Diese erfreuliche Entwicklung hat dazu geführt, daß sich rund um Verkauf, Reparatur und Verleih von Fahrrädern ein nicht unbedeutender Wirtschaftszweig entwickelt hat.
Les vols de vélos, le vrai fléau


Gardiennage de vélos à l’essai.
Franck Delhomme

Parmi les raisons qui dissuadent les citadins d'utiliser le vélo, la crainte du vol arrive en seconde position juste après sa dangerosité supposée.

À tort, puisque statistiquement les risques pour un cycliste en ville seraient à peine supérieurs à ceux encourus par un automobiliste ou un piéton, et trente-cinq fois moindres que pour un usager de deux-roues motorisé. La bicyclette reste un moyen de se déplacer sûr.

En revanche, pour ce qui est des vols on ne dispose pas de données chiffrées avérées, une bonne partie des victimes ne portant pas plainte. Cependant, une étude de la Fubicy (Fédération des usagers de la bicyclette) et du CNRS, révèle que 9 vélos volés sur 10 étaient cadenassés avec des antivols bon marché, et si des tests ont démontré qu'aucun modèle n'était inviolable, les plus perfectionnés, comme les cadenas "U", semblent avoir un effet nettement dissuasif.

Il existe aussi la possibilité d'assurer son vélo contre le vol mais les primes sont très élevées, proportionnelles aux risques. Le principal obstacle pour lutter contre cette forme de délinquance est l'impunité des voleurs. La police ne disposant pas de moyens efficaces pour repérer un vélo déclaré comme volé. Le seul système d'identification vraiment fiable serait leur immatriculation, comme en Suisse, que réclament aujourd'hui la plupart des associations d'usagers.


Le vélo dans la Cus en chiffres

30 000 bicyclettes vendues en moyenne chaque année dans la Cus.
36 points de vente, 24 détaillants, 5 hypermarchés,
7 grandes surfaces spécialisées.
330 000 journées de locations par an, par Vélocation et Vélo-emploi.
500 francs, le prix d'un vélo à l'année, entretien compris pour les entreprises (Vélocation) ou les étudiants (Vélo-emploi).
80 le nombre d'entreprises abonnées à Vélocation.

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